Tunisie Réveille Toi ! http://www.reveiltunisien.org/ Site d'information et d'opinion sur la Tunisie fr SPIP - www.spip.net On risque encore de se faire "baiser" http://www.reveiltunisien.org/spip.php?article1140 http://www.reveiltunisien.org/spip.php?article1140 2004-04-14T20:43:32Z text/html fr de Kalb Démocratie Dictature Robert Dahl processus démocratique <p>Reflexions inspirées sur certaines forces anti-démocratiques à l'oeuvre dans la Tunisie contemporaine. Et celles auxquelles elles s'opposent.</p> - <a href="http://www.reveiltunisien.org/spip.php?rubrique2" rel="directory">Agora</a> / <a href="http://www.reveiltunisien.org/spip.php?mot66" rel="tag">Démocratie</a>, <a href="http://www.reveiltunisien.org/spip.php?mot79" rel="tag">Dictature</a>, <a href="http://www.reveiltunisien.org/spip.php?mot119" rel="tag">Robert Dahl</a>, <a href="http://www.reveiltunisien.org/spip.php?mot120" rel="tag">processus démocratique</a> <div class='rss_chapo'><p>Le régime, loin d'être en train de retarder l'échéance démocratique a au contraire adopté une politique active pour son propre maintient à long terme. La démocratie pourrait ne pas être inévitable. Néanmoins, il existe de très fortes raisons de persister dans nos espoirs.</p></div> <div class='rss_texte'><p>Parce que pour l'avoir, cette démocratie, il faut une classe moyenne qui s'enrichit, pour être dynamique, investir dans l'instruction de ses enfants, dans ses affaires, dans son avenir.</p> <p>Cette classe moyenne (qui est la petite bourgeoisie à laquelle on alliera la moyenne bourgeoisie) a besoin pour s'épanouir de la démocratie parce qu'il faut un niveau élevé de libertés et de transparence pour que le climat des affaires soit à l'égalité des chances, à la maximisation des opportunités pour tous et à des interactions libres entre êtres humains socialement et économiquement en interaction constante. Par contraste, les riches, ou grande bourgeoisie, se comportent comme des seigneurs car ils ont presque toujours accès à la cour royale, et les paysans sont habituellement dans des économies de subsistance, assez autarciques, renfermés sur eux mêmes - bien qu'heureusement ce ne soit le cas de tous maintenant.</p> <hr class="spip" /> <p>Je vais laisser Robert Dahl [<a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Robert Dahl est prof à la Yale University' id='nh1'>1</a>]exprimer à sa juste mesure la relation entre la classe moyenne et la démocratie via l'économie de marché (traduction) :</p> <p><img src="http://www.reveiltunisien.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> "Le capitalisme de marché aide à créer une classe moyenne substantielle, et il génère soutien et demande pour un ةtat de droit [rule of law dans le texte], subordonnant les militaires et la police au contrôle des civils, pour de hauts niveaux d'alphabétisation et d'éducation, pour une pluralité d'organisations/[associations, ndla] relativement indépendantes[rapport à la société civile, ndla], et un accès libre et relativement fiable à l'information.</p> <p><img src="http://www.reveiltunisien.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> De telles conditions sont favorables au dévelopemment et à la stabilité d'institutions politiques démocratiques. Ainsi, la croissance du capitalisme de marché dans un pays qui n'a pas de gouvernement démocratique va, à long terme, affaiblir son contrôle autoritaire et également puissamment contribuer à sa démocratisation. La relation est réciproque : les démocracies tendent à se développer dans des pays ou ces conditions favorables existent, et leur existence, en retour, favorisent le capitalisme de marché. Ce n'est pas un accident si à la fin du XXème siècle, les deux systèmes ont existé concomitamment dans un grand nombre de pays.</p> <p><img src="http://www.reveiltunisien.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Résumons : une économie de marché est très favorable à la démocratisation, au moins jusqu'au niveau d'une démocracie polyarchique [donc à l'opposé du pouvoir personnel, ndla]. Et comme le capitalisme de marché continue à se propager à plus de pays encore, son expansion globale augmentera les possiblités de démocratisation dans des pays sous régime antidémocratique."</p> <p><img src="http://www.reveiltunisien.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> <a href="http://www.igs.berkeley.edu/publications/par/Nov1999/Dahl.html" class='spip_out' rel='external'>After the Triumph : What Next ?</a>.</p> <hr class="spip" /> <p>De toute évidence le régime actuel ne sera pas capable de suivre le rythme si notre classe moyenne se développe suffisamment bien et notre meilleur espoir c'est notre croissance économique si elle est assez bien répartie, qui va faire atteindre à nos compatriotes un niveau de revenu et d'exigences de plus en plus incompatible avec la dictature et ses limitations. C'est que si vous n'êtes pas surs de rester toujours propriétaire de votre argent, de vos biens, etc. parce que vous vivez en dictature et qu'on peut vous voler votre affaire n'importe quand si vous réussissez trop bien, alors il y a un gros problème, et il y aura de quoi se révolter.</p> <p>Le régime sait qu'il ne pourra pas suivre le rythme mais il semble qu'il ne s'y soit pas résigné. Du moins une partie de l'intelligentsia (berk !) qui traîne autour du pouvoir prône une ligne dure. Ce sont nos spartiates face à qui "s'opposent" (dans la mesure de leurs moyens) des soft liners qu'on appellera nos athéniens. Et ils sont aussi un espoir important pour nous qui voulons la démocratie et l'Etat de droit (à propos des hard liners et soft liners, voir Le Monde du mardi 10 avril 2001, p17, "L'ouverture en Tunisie au coeur d'une lutte de clans" de Florence Beaugé).</p> <p>Ces gens, les hard liners, parient sur le tout sécuritaire qui est à la mode actuellement et permet de faire passer la répression pour une lutte antiterroriste. Ceci est bien connu. Mais il y a plus grave et ce n'est pas encore assez dénoncé : ils profitent de l'accroissement général des inégalités dans le monde pour rattacher la Tunisie à ce mouvement. On exhibe partout les bons chiffres de la lutte contre la pauvreté comme-ci cesser d'être pauvre c'était simplement avoir un revenu supérieur à une certaine somme déjà dérisoire. Or, les tunisiens éprouvent dans leur grande majorité des difficultés à améliorer leur quotidien sur fonds propres. Ils empruntent et sont de plus en plus endettés, de plus en plus soumis donc à l'arbitraire du régime qui pourrait les envoyer devant un juge chargé d'appliquer la tyrannie économique ou de les pressurer encore plus.</p> <p>Il y a plein d'exemples, auxquels vous penserez sûrement, qui étayeront cette idée, aussi je vais en faire l'économie pour aller plus loin. Il faut pour ces gens là que le niveau de pression reste humainement supportable, notre culture - assez fataliste, trop peu sûre d'elle même, dispensée de toute référence démocratique dans son histoire - y aide pas mal. Ce degré d'oppression économique et sociale trouve effectivement ses racines dans l'histoire à travers le système féodal qui était chez nous en vogue jusqu'à une date encore assez récente. Cela leur permettra non pas simplement de nous contenir mais de nous faire participer à un néo-féodalisme ou l'aristocratie se fondera sur des critères économiques : une minorité de riches s'appuyant sur le pouvoir politique et vice versa dont le lien essentiel à la société sera de nature népotique : bakchich et chantage, clientélisme et favoritisme, etc. Ils se créent parmi les tunisiens des protégés captifs de leur bon vouloir à l'image des seigneurs du Moyen Age, s'accaparant les surplus de la paysannerie leur offrant en échange leur protection. C'est tout le contraire de l'Etat de droit si cher à la démocratie et à l'économie de marché. Il leur suffit d'ailleurs d'amuser la plèbe avec les matchs EST vs CA ou l'ةtoile de Sousse, les variétés abrutissantes qui passent à Canette 7 et les feuilletons égyptiens. Sans compter ces piètres maison de jeunesse qui ont au moins le mérite d'être un échec. C'est l'équivalent du Colisée romain qu'on voit dans Gladiateur et qui servait aux aristocrates romains à amuser un peuple qu'ils tenaient pour négligeable et bestial pourvu que cela leur permette de s'occuper de leurs affaires tranquillement.</p> <p><img src="http://www.reveiltunisien.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Ainsi, je tiens à remettre au moins quelques notions en place. Les mouvements tiers-mondistes dénoncent un capitalisme sauvage à l'oeuvre partout dans le monde or c'est un amalgamme. Le capitalisme requiert l'atomisation des acteurs économiques, c'est pourquoi il existe des lois antitrust aux ة-U et en U.E. Leur application cependant est lacunaire et laisse peser une menace persistante sur l'authenticité de leur modèle économique et social qui vire à l'oligarchie, un peu comme chez nous mais en partant d'en haut.</p> <p>Donc, les préoccupations libérales (au sens premier du terme : liberté politique et économique) sont prévenues par cette politique car un tunisien qui a à peine les moyens de subsister ou qui vit dans une certaine aisance mais à crédit n'aura jamais les moyens d'être revendicatif, contestataire car chacun de nous à quelque chose à se reprocher et tout à perdre. Il est donc intéressant de voir les statistiques sur l'augmentation du nombre de tunisiens propriétaires. Elles relèvent d'un mystérieux autant qu'inconscient bon sens et elles ne sont pas aussi innocentes que vous le pensiez jusqu'à présent !</p> <p>En cela le régime entend certainement passer encore longtemps pour un bon élève dans un monde néolibéral dont le paradigme est l'enrichissement des riches parce qu'ils consomment plus et la réduction de la pauvreté mais à un niveau toujours désespérément bas : avoir une main d'oeuvre assez bien portante pour être efficace tout en restant bon marché. C'est aussi très conforme à la moralité de l'aristocrate du Moyen Age qui parfois se sent coupable d'être si au dessus des siens.</p> <p>Cependant, n'allez pas penserque tout cela ce sont des idées de gauche. Elles sont strictement neutres politiquement. C'est ce que j'ai appris à travers mes études. Analyser sans esprit partisan la politique de Machiavel qui est appliquée chez nous.</p> <p>J'ajouterai, en conclusion que :</p> <p><img src="http://www.reveiltunisien.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Nos espoirs, certains que je suggère ici, sont une alliance entre l'opposition et les soft liners réformistes du RCD afin d'être un jour assez forts pour contrer les soutiens les plus inconditionnels de la politique d'oppression du régime. Cette idée vient tout droit des études engagées par les chercheurs sur les processus de démocratisation en Europe de l'Est. <br /><img src="http://www.reveiltunisien.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Cependant, il faut retenir une leçon apprise chez eux : pour créer/consolider une démocratie, s'il est nécessaire de gagner la bataille économique, sociale et politique, il faut néanmoins penser à la dércdisation du pays. C'est à dire garder l'appareil d'Etat pour des raisons évidentes de compétence tout en éliminant les principaux soutiens idéologiques et exécutants de l'ancien régime de barbarie en les jugeant devant l'histoire.</p> <p><img src="http://www.reveiltunisien.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Un autre espoir (sic !), plus sanglant, serait de voir ces hard liners commettre l'erreur de pousser trop loin l'oppression et l'injustice sociale faisant que les tunisiens n'auront plus le choix qu'entre contester au risque de tout perdre ou tout perdre quand même. Mais comme le petit (sic !) le signalait, il faut entendre là que ce n'est pas réellement tant pour des raisons humanitaires que pour le simple fait qu'une pareille révolution risquerait de nous apporter un autre régime antidémocratique, des islamistes, populistes et xénophobes. par exemple.</p> <p><img src="http://www.reveiltunisien.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Enfin, certains ont raison de ne pas trop se fier à un occident propagateur de liberté car il est, à son insu, devenu (relativement) un soutien aux autocrates. Il subît une crise conjoncturelle, du moins je l'espère, qui ne remet pas en cause ses propres démocraties internes mais plutôt ses manifestations extérieures. Toutefois, vouloir rester strictement entre nous n'est qu'un facteur de division, division de toutes les forces démocratiques du monde. Il faut au contraire nous ouvrir plus, pour toutes les raisons économiques éminemment favorables à la démocratie dont on a traité plus haut, et pour qu'au jour ou ces mauvaises tendances mondiales à l'oeuvre actuellement s'essoufleront, nous soyons encore aux avant-postes du progrès comme en 57.</p></div> <hr /> <div class='rss_notes'><p>[<a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'>1</a>] Robert Dahl est prof à la Yale University</p></div>